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La communauté arménienne du Liban:
un apport plein de richesses pour le pays et sa francophonie

Le Liban est dans une phase d’autodestruction, avertit Aram Ier

18 Novembre 2007- Le catholicoss Aram Ier a mis l’accent sur le fait que le peuple libanais ne peut plus supporter la crise qui paralyse le Liban, déplorant « la phase d’autodestruction au Liban et mettant l’accent sur le fait que l’élection d’un chef de l’État « constitue, pour les députés, un devoir national ».
Mgr Aram Ier a reçu samedi l’ambassadeur d’Iran, Mohammad Rida Chibani, pour un entretien qui a été principalement axé sur la présidentielle. Le prélat et le diplomate ont tous deux souligné la nécessité que la présidentielle ait lieu dans les délais et que le Liban sorte de la situation « brumeuse » dans laquelle il se trouve.
« Le Liban oscille entre l’optimisme et le pessimisme. Les initiatives, et les consultations internationales et régionales en cours font souffler un vent d’optimisme, mais le durcissement de ton et les divergences au niveau des positions font entretenir un climat pessimiste et brumeux », a constaté Mgr Aram Ier, dans une déclaration qu’il a faite au terme de l’entretien.
Après avoir relevé que « le peuple ne supporte plus la crise», il a indiqué que « la pauvreté, le chômage, les échanges d’accusation et l’ambiguïté commencent à épuiser le peuple, alors que les jeunes quittent le pays ». « Le Liban est dans une phase d’autodestruction. Nous ne pouvons pas fermer les yeux sur ce qui se passe autour de nous », a poursuivi le catholicos, estimant que « l’organisation de la présidentielle est fondamentale pour en finir avec cette situation ». « Nous devons, a-t-il insisté, mettre les divergences politiques de côté et organiser la présidentielle. C’est un devoir national pour les députés. »
Mgr Aram Ier a ensuite estimé que les forces en présence au Liban devront, après l’élection, définir, par le dialogue et à travers l’entente, les moyens d’édifier un Liban libre et indépendant. Il a jugé nécessaire de profiter de l’appui international, avant de préciser : « Nous ne pouvons pas ignorer les initiatives de la communauté internationale, mais nous n’acceptons pas non plus les interventions étrangères. Le Liban doit pouvoir exprimer une volonté nationale libre, loin de toute intervention étrangère. Tous les regards sont braqués sur nous. Nous devons agir avec un sens national loin des calculs et des intérêts personnels. »


Jusqu'au 9 décembre 2007
Vingt-neuvième édition de l’exposition du livre arménien
Sous l’égide du catholicos Aram Ier, la 29e édition de l’exposition du livre arménien a été inaugurée hier au catholicossat arménien de Cilicie. L’exposition, dont l’organisation coïncide chaque année avec la fête des pères arméniens traducteurs, a été précédée d’une messe célébrée par le catholicos.
Dans une homélie, Aram Ier a insisté sur le rôle du livre dans l’éducation des sociétés et sur la nécessité de sa préservation. « Le livre doit intégrer la vie des hommes », a-t-il souligné, « notamment à l’ère de la laïcité et de la technologie ». Le catholicos a, par la suite, évoqué les livres exposés, notant qu’il s’agit « d’un outil principal dans l’enrichissement du patrimoine arménien ». Il a enfin rendu un vibrant hommage aux maisons d’édition, aux penseurs, aux écrivains et à tous ceux qui « encouragent le verbe et contribuent à répandre le patrimoine, ainsi que les valeurs humaines et nationales ».
L’exposition réunit plusieurs maisons d’édition arméniennes, ainsi que des auteurs indépendants qui présentent leurs œuvres en arabe, arménien, français et anglais. Elle se poursuivra jusqu’au 9 décembre, de 10h à 19h.


Jusqu’au 3 décembre 2006

Salon du livre arménien, au catholicossat d’Antélias

Tout ce qui se rattache de près ou de loin à l’Arménie
Les citadelles du royaume arménien de Cilicie du XIIe au XIV siècle, un très bel ouvrage signé Jean-Claude Voisin et édité par Terre du Liban; Liban: livre de bord d’un photographe (en l’occurrence Varoujan) éditions Saad Kiwan et cie; Histoire de la littérature arménienne ou encore Revue des études arméniennes (éditions de la Sorbonne)... Mais encore des manuels de cuisine arménienne (en arménien, en français, en arabe ou en anglais), des dictionnaires bilingues (arménien-français, arménien-anglais), des livres religieux, dont certains en éditions jeunesse, des ouvrages politiques, des romans, des biographies, des manuels de langue... Bref, tout ce qui se rattache de près ou de loin à l’Arménie est disponible au Salon du livre arménien (avec des réductions de 50%) qui se tient – comme chaque année depuis vingt-huit ans! – au catholicossat arménien de Cilicie à Antélias, du 12 novembre au 3 décembre.
Seul changement cette année: une tente a été dressée dans la cour du catholicossat pour accueillir le nombre accru de maisons d’éditions (une trentaine, entre grandes boîtes et éditeurs à compte d’auteurs), dont certaines en provenance de Téhéran, d’Istanbul ou encore d’Alep...
Par ailleurs, parallèlement aux ouvrages imprimés sur papier, des films en DVD sur l’histoire des Arméniens sont disponibles en version française ou anglaise.

Le Salon est ouvert tous les jours de 10h00 à 19h00.



24 Avril 2006

Les arméniens du Liban commémorent le génocide de 1915

Dispersée aux quatre coins de la planète, la diaspora arménienne se mobilise aujourd’hui pour la 91e commémoration du génocide arménien prémédité et ordonné par « les Jeunes Turcs » en 1915.
L'importante communauté arménienne du Liban participe au devoir de mémoire en rendant hommage à ses marytrs.
Ce crime contre l’humanité que la Turquie nie et refuse toujours de reconnaître s’est soldé d’après les arméniens par l’extermination de près d’un million et demi de personnes et la déportation systématique des survivants des massacres. Le négationnisme a franchit un nouveau pallier la semaine dernière avec la profanation du mémorial érigé à Lyon et qui doit être inauguré aujourd’hui 24 avril, date symbole du génocide de 1915.
Au Liban, c’est le Comité central pour la commémoration du génocide arménien - Liban qui orchestrera l’évènement du souvenir. Il débutera par un rassemblement devant le Catholicossat arménien de Cilicie à Antélias, qui sera suivi par une prière dédiée aux martyrs. Une marche s’élancera ensuite aux alentours de 10h en direction du stade municipal de Bourj Hammoud où un rassemblement populaire se tiendra à midi.
Parfaitement intégrée tout en ayant préservé ses traditions, la communauté arménienne continue de participer avec dynamisme au développement industriel et commercial du Liban tout en étant omniprésente dans les domaines intellectuel et culturel. Six députés arméniens représentent la communauté reconnue par la Constitution comme l’une des sept grandes communautés libanaises.
En 1975, d’après des estimations le nombre d’Arméniens au Liban se montait à 215 000 âmes, essentiellement descendants des survivants du génocide et des déportations. Ce nombre aurait été réduit de moitié à cause de l’émigration de ceux d’entre eux qui fuyaient dans un premier temps la guerre puis la crise économique qui sévissaient au Liban.

Par MS.D / Liban-LeBlog Infos


« Les Arméniens du Liban entre passé et présent »
Congrès à l’Université Haigazian
13 Septembre 2005- « Les Arméniens du Liban entre passé et présent » a été le thème du congrès qu’organise le département des études arméniennes à l’Université Haigazian, dans le cadre des activités qui marquent le jubilé de l’université.
Dans une allocution d’ouverture, le recteur, le pasteur Paul Haidossatian, a noté que malgré le rôle important que jouent les Arméniens dans la société libanaise, aucune étude objective n’a été menée dans ce domaine, conformément aux critères scientifiques et académiques internationaux. Et d’insister sur le rôle que continuera à jouer l’université dans le domaine de la recherche scientifique et de l’échange des « pensées libres » qui contribuent à la vie académique du Liban et constituent une richesse pour les Arméniens du Liban et de la diaspora. De son côté, Mme Aïda Boujikanian, chercheuse à Montréal, au Canada, a donné une conférence sur « Les Arméniens et le Liban : changement dans la pensée et le rôle entre les XIVe et XXe siècles ». Mme Boujikanian a expliqué que les Arméniens considèrent que le Liban est un pays d’ouverture et de pluralité.
C’est un pays qui les a accueillis suite au génocide de 1914. Notant que la majorité des Arméniens se sont installés au Liban, Mme Boujikanian a signalé que Beyrouth est devenue, entre 1955 et 1975, la capitale de la diaspora. Signalons, par ailleurs, que Mme Boujikanian a publié plus de vingt-cinq études sur les Arméniens dans le monde, notamment au Liban et au Moyen-Orient.
Les travaux du congrès sur « Les Arméniens du Liban » se poursuivront jusqu’au 15 septembre. Quelque seize chercheurs y participent. Ils sont venus du Liban, du Canada, des États-Unis, de France, d’Argentine, d’Égypte, de Syrie, d’Arménie, d’Allemagne et d’Italie. Placé sous l’égide du ministre de la Culture, Tarek Mitri, ce congrès vise à réunir plusieurs experts et académiciens arméniens et étrangers qui se sont penchés sur l’histoire des Arméniens au Liban. Les allocutions, dans leur intégralité, feront l’objet d’un ouvrage qui sera publié ultérieurement.
Ont assisté à la séance inaugurale notamment M. Faouzi Atoui, représentant le ministre de la Culture, le ministre du Développement administratif, Jean Oghassapian, les députés Agop Pakradounian et Yéghia Djerdjian, le premier conseiller auprès de l’ambassade des États-Unis, Christopher Murray, ainsi que le représentant du président du conseil municipal de Beyrouth.


LE POINT, 90 ANS après le DEBUT du GENOCIDE

Les Arméniens du Liban, bien intégrés mais de moins en moins nombreux

Les descendants des rescapés des massacres d’Arméniens qui avaient trouvé refuge au Liban il y a 90 ans sont désormais une communauté bien intégrée, mais leur nombre a été réduit de moitié par l’émigration. Forte de 250 000 âmes à la fin de la guerre du Liban, la communauté arménienne ne compterait plus aujourd’hui que quelque 120 000 personnes, selon divers responsables politiques et religieux arméniens, rapporte Nayla Razzouk, de l’AFP. « À l’instar des autres communautés, nous avons souffert de l’émigration de l’après-guerre. Nous tentons, de pair avec nos Églises, de faire face à ce problème à l’aide de soutiens financiers », a indiqué Jean Oghassabian, député de Beyrouth. « Mais, depuis l’indépendance de l’Arménie en 1991, une grande partie des fonds que nous recevions sont désormais virés sur l’Arménie », relève le député Serge Tour Sarkissian.
Le Liban abrite la plus large communauté arménienne du monde arabe, descendants des survivants des massacres de 1915-1917 de Turquie, à la fin de l’Empire ottoman, et qui mènent une campagne internationale pour la reconnaissance du génocide. « Un projet de loi pour une reconnaissance officielle du génocide dort dans mon tiroir depuis deux ans, car le Liban n’a pas besoin de crises supplémentaires. Nous sommes d’abord libanais et nous serons à jamais reconnaissants au Liban », ajoute Serge Tor Sarkissian. La plupart des Arméniens du Liban sont originaires de Cilicie, actuellement une région de Turquie hors des frontières du nouvel État d’Arménie, qui n’a pas réussi à se transformer en foyer d’immigration.
D’abord réfugiés dans des tentes, les Arméniens ont gagné l’admiration de toutes les communautés du Liban grâce à leur savoir-faire et leur diligence, qui leur ont permis d’accéder aux meilleures positions économiques et politiques. Les meilleurs joailliers, les industriels, les médecins, et au moins la moitié de l’orchestre symphonique national, sont arméniens, indique Nayla Razzouk. « Les Arméniens ne s’occupent que de leurs affaires au point qu’ils célèbrent leur propre Noël » le 6 janvier, conformément au calendrier oriental, lance Wassim Husseini, dans une boutade qui résume la manière dont est généralement perçue cette communauté. Mais ces stéréotypes appartiennent désormais au passé, affirme Arda Ekmekji, doyenne de la faculté des arts et des sciences à l’Université Haïgazian, unique établissement universitaire arménien hors d’Arménie. « Aujourd’hui, les Libanais arméniens sont totalement intégrés, et s’expriment parfaitement en arabe », affirme-t-elle. Outre le milieu familial, l’identité arménienne reste vivace par le biais des institutions politiques, culturelles et sportives, ainsi que les quelque 70 établissements scolaires arméniens.
Et bien sûr, il y a la commémoration des massacres. Des files d’enfants sont alignés devant la cathédrale Saint-Grégoire-l’Illuminateur, à Antélias, pour défiler en silence devant le mausolée où sont exposés des crânes des victimes du massacre. « Nous sommes un peuple digne qui n’aime pas se lamenter. Mais il est temps que le monde reconnaisse notre génocide », dit Aida Ohanian-Sfeir, originaire d’Alep, la plus arménienne des villes de Syrie. À Anjar, ville entièrement arménienne, au milieu de pommeraies, de vignobles et de vestiges datant de l’ère omeyyade, les habitants vivent dans six quartiers portant les noms de six villages de la montagne de Mousa Dagh (Alexandrette), dans l’actuelle Turquie. Des Arméniens du monde entier se rendent à Anjar pour prier devant le martyrium érigé en souvenir de la résistance « héroïque » des villageois de Moussa Dagh.

Une affaire de conscience et de justice Génocide de 1915 :

les Arméniens renouent avec leur passé douloureux pour mieux l’exorciser


Le Monument-souvenir du Génocide Arménien à Bikfaya au Liban
Comme chaque année, la communauté arménienne se mobilise en force pour commémorer, aux quatre coins du monde, le souvenir du génocide de 1915. Fidèle à ce rituel, la communauté, qui milite depuis des dizaines d’années pour faire reconnaître ce crime collectif par l’ensemble de la communauté internationale, poursuit inlassablement son action de lobbying à travers le monde, en vue d’obtenir un retournement de situation chez un certain nombre de pays récalcitrants. Quelques semaines après le rappel du douloureux souvenir du génocide du peuple rwandais, les Arméniens reviennent à la charge, pour dénoncer à leur tour le double principe de la négation et de l’impunité. Si ces deux notions avaient été proscrites à temps par l’Onu, cela aurait certainement pu éviter les génocides qui ont suivi, dont celui du Rwanda, affirment les experts. Mais le peuple arménien ne désespère pas et se console de petites victoires qu’il réalise ici et là. Parmi celles-ci, la reconnaissance toute récente par le Parlement canadien de ce crime collectif odieux. Plus mitigée, la position du président Bush qui s’était contenté de répondre partiellement aux revendications de l’électorat arménien, en reconnaissant le « massacre » au lieu du génocide. Entre-temps, 169 membres du Congrès ont déjà signé une pétition lui réclamant une reconnaissance plus formelle. Très attendu, le discours que le chef de la Maison-Blanche prononcera aujourd’hui sera assez significatif à la veille d’une nouvelle épreuve électorale. Au Liban, les cérémonies de commémoration ont été notamment marquées par la tenue d’une conférence internationale au catholicossat arménien de Cilicie. La conférence, qui a accueilli des politologues, des juristes, des chefs religieux et des experts au Tribunal pénal international (TPI), a abordé les thèmes du « Génocide, de l’impunité et de la justice », analysés sous l’angle des sciences politiques, de la religion et des différentes juridictions concernées. On trouvera ci-après les positions du Catholicos Aram Ier et de deux députés arméniens, Jean Oghassabian et Serge TourSarkissian.

L’impunité génère injustice et violence par Sa Sainteté Aram Ier
Le XXe siècle fut le siècle des génocides dont la liste est d’une longueur déprimante : Arméniens, juifs, Cambodgiens, Kurdes, Tutsis, Croates, musulmans, Albanais. La communauté internationale fut toujours lente à réagir et souvent, tout simplement, elle les ignora. L’histoire est éloquente en ce sens. Le peuple arménien fut victime du premier génocide du XXe siècle. Durant la Première Guerre mondiale, un million et demi d’Arméniens périrent dans le cadre d’un programme d’extermination minutieusement conçu et systématiquement exécuté par le gouvernement turc-ottoman. De par leur expérience existentielle, les Arméniens connaissent bien les lourdes conséquences d’un génocide.
1. Vers la prévention de nouveaux crimes contre l’humanité Aujourd’hui, les conflits ethniques déchirent de nombreuses sociétés ; la haine se durcit et s’érige en idéologie, tandis que la violence s’exprime sous ses aspects et ses formes les plus horribles. Seule la communauté internationale est capable de prévenir efficacement de nouveaux crimes contre l’humanité. Mais son intervention ne sera effective que si elle agit, immédiatement et avec force, là où de nouvelles situations génèrent des actes d’atrocité. Dans son intervention, elle sera mue par les valeurs morales et humaines et non par les intérêts géopolitiques et stratégiques. L’Organisation des Nations unies a fait d’importants progrès dans ses tentatives pour prévenir les génocides. En 1948, elle a ratifié la Convention sur le génocide suivie de la Déclaration des droits de l’homme. En 1998, 120 États ont établi la Cour internationale de justice de La Haye. Mais cette cour s’intéresse au crime qui a été commis et non à celui qu’il faut prévenir. La communauté internationale doit aller plus loin dans ses engagements que ces procédures juridiques. Elle doit imposer sa volonté politique ; elle doit mettre en place des systèmes de préalerte et développer la prise de conscience publique, l’éducation et le dialogue. Selon le cas, elle doit appliquer des sanctions diplomatiques ou économiques et, éventuellement, dans des situations extrêmes et lorsque tout autre moyen a échoué, recourir à l’intervention directe
2. La mémoire du génocide : source vivante de vérité Les individus, de même que les nations, vivent avec leur mémoire, et la mémoire vit à travers eux. La mémoire fait le lien entre le présent et le passé ; elle conditionne le futur, assure la continuité et affirme l’identité. La mémoire c’est l’histoire même ; et les nations se forment autour de leur mémoire commune qui perpétue leur existence, maintient leur cohésion et leur donne le sentiment d’appartenance. La mémoire est une source vivante de vérité ; elle interpelle préjudices et informations incomplètes et développe la prise de conscience. Hitler a bien compris cet enchaînement. Il savait que les mémoires sont courtes lorsqu’il demanda : Qui aujourd’hui se souvient des massacres des Arméniens ? De nos jours certains pays, pour des raisons politiques, ne se « souviennent » pas du génocide des Arméniens et d’autres parlent de « prétendu génocide », cependant que le peuple arménien vit la mémoire du génocide dans sa vie quotidienne. La mémoire doit être partagée avec les autres non point comme expression de haine et d’intolérance mais comme interpellation, comme défi à avancer vers le repentir, le dialogue et le pardon.
3. La reconnaissance du génocide : un pas vers la justice La vérité préservée par la mémoire doit être dite. « Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais bien sur le lampadaire où elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison » (Mt 5,15). Lorsque la vérité n’est pas reconnue, c’est le déni qui s’installe. Toute personne ou communauté ainsi que tout gouvernement qui refuse de reconnaître et d’assumer la responsabilité pour des actes de génocide est coupable de crime contre l’humanité. L’acceptation de la vérité et de la responsabilité d’un génocide demande beaucoup de courage. La personne, la communauté ou le gouvernement doit entreprendre une relecture de son histoire. Seul un tel processus d’autoévaluation, d’autocritique et d’autopurification peut permettre de cerner la vérité. Certains génocides du XXe siècle ont été reconnus ; d’autres sont toujours niés. Lorsqu’ils sont reconnus, des communautés ou des nations en conflit se dirigent vers le dialogue et la réconciliation. Mais pour que justice soit faite et que réussisse la réconciliation, la confession est indispensable, car elle est la condition sine qua non du pardon.
4. L’impunité : un génocide continu
Dans le cas où un génocide est nié, justice ne peut être faite qu’à travers une approche punitive. Selon de nombreux juristes, les systèmes criminels et les procédures juridiques actuels tiennent compte du criminel plutôt que de la victime. Or, la justice véritable ne peut régner que si les droits de la victime sont également reconnus. La justice restitutive est un développement nouveau dans le système criminel. Elle ouvre de nouvelles perspectives tant du point de vue de la prévention que des sanctions. C’est un système axé sur la victime ; le but éventuel qu’elle poursuit est de rétablir le dialogue entre le bourreau et la victime afin de les réconcilier. La commission « Vérité et réconciliation » d’Afrique du Sud est un exemple concret de ce processus. La justice restitutive doit aussi comporter une dimension de rétribution. La justice restitutive assure la cicatrisation, la guérison, en créant un espace pour le dialogue ; la rétribution rend possible la réconciliation. Pour qu’il y ait une justice véritable, il est indispensable qu’aient lieu réparation, restitution et compensation des victimes. L’impunité génère l’injustice qui, à son tour, donne naissance à des actes de vengeances, créant ainsi un cercle interminable de violences. Les criminels doivent rendre compte de leurs actions à l’humanité. De nombreux criminels n’ont pas encore comparu devant la justice ; or cette impunité signifie les amnistier de facto. S’il est possible d’amener à la justice des individus criminels, pourquoi serait-il impossible d’y amener des gouvernements et des nations ? La Conférence internationale, qui s’est tenue les 22 et 23 de ce mois au catholicossat arménien de Cilicie sous le haut patronage du président de la République libanaise, a tenté d’explorer et d’analyser les différentes dimensions et répercussions de l’impunité. Certains génocides du XXe siècle furent reconnus et il y eut rétribution. Par exemple, au Rwanda la justice rétributive est en train de s’établir grâce aux efforts conjugués des Nations unies, du gouvernement et du peuple rwandais. Cependant, le génocide arménien reste impuni. Une justice restitutive serait un modèle aussi bien dans le cas du génocide arménien que dans le cas d’autres crimes contre l’humanité qui attendent d’être résolus. Durant les cinquante-six dernières années, les Nations unies ont tenté d’appliquer la Déclaration des droits de l’homme en adoptant décisions et conventions relatives à des secteurs spécifiques des droits humains, y compris le génocide. Malheureusement, ces tentatives n’ont pas empêché des millions de personnes d’être victimes d’atrocités, de répressions et de génocide. L’humanité ne doit pas oublier les leçons douloureuses que nous apprennent les génocides du XXe siècle ; elle doit utiliser ces connaissances pour bâtir un monde où règne une paix juste, un monde où les mémoires sont réconciliées. La mondialisation interpelle les nations, les religions et les cultures, les engageant à établir entre elles un dialogue constructif. Reconnaissant la vérité et nous acceptant les uns les autres, nous devons dépasser le stade de la confrontation afin d’atteindre celui de la réconciliation. La négation et le déni ne peuvent ni promouvoir le dialogue, ni restaurer la justice, ni bâtir la paix, ni accomplir la réconciliation. Au cours du XXe siècle, l’humanité a payé très cher la politique du silence face au génocide. Elle ne doit pas rester silencieuse au XXIe siècle. C’est là la leçon douloureuse que nous portons en nous. C’est là aussi le grand défi que nous devons relever ensemble.

* Ces réflexions sont basées sur le texte de la conférence que Sa Sainteté Aram Ier a donnée en anglais lors du colloque international « The Lasting Peace in Africa », qui s’est tenu le 17 avril 2004 à Kigali (Rwanda), à l’occasion du 10e anniversaire du génocide rwandais.

Le génocide ancré dans la mémoire arménienne
par
Jean OGHASSABIAN
Député de Beyrouth
Le génocide ancré dans la mémoire arménienne À l’aube du troisième millénaire, et 89 ans après les massacres perpétrés contre le peuple arménien, la cause arménienne demeure sans solution. Une solution qui requiert la reconnaissance par la communauté internationale du génocide arménien et de la nature abominable de ses conjurateurs, d’autant plus qu’elle restitue la considération aux peuples qui ont subi le sort du peuple arménien, à savoir les massacres, la déportation, la répression et le despotisme pour des motivations pétries de ségrégation et de discrimination raciale. Le 24 avril de chaque année, le peuple arménien commémore le génocide arménien, se remémorant son atrocité et l’ampleur de la lutte. La communauté arménienne a joué un rôle prépondérant dans la naissance et le développement du Liban. Ce rôle émane de la conviction viscérale qu’a le peuple arménien de l’importance de sa présence au Liban. Inspirés par leur noble histoire, les Arméniens ont tenu à préserver leur patrimoine, leurs traditions, leurs valeurs et leur religion, et se sont ralliés autour d’un seul concept relatif à la citoyenneté et à leur existence au Liban. Après la conclusion de l’accord de Taëf, la scène politique intérieure a été en proie à des tiraillements et des rivalités entre les diverses forces confessionnelles libanaises. La peur a saisi alors la communauté arménienne ; peur d’être évincée ou de vivre marginalisée des événements en cours, de se retrouver prisonnière des idées antérieures et cloîtrée dans des conflits traditionnels. Toutefois, après le génocide arménien, l’Église arménienne et la classe politique arménienne ont jeté les bases d’une société arménienne solide. Il ne fait guère de doute que les forces politiques de cette communauté ont introduit des changements indispensables à son adaptation à la conjoncture politique et sociale du Liban, conjoncture créée par l’accord de Taëf, et par son intégration dans une communauté politique libanaise plurielle. Néanmoins, activer l’intégration et se placer comme partenaire représentent une tâche indispensable, dans toute tentative de faire du Liban un havre de la convivialité et un creuset où fusionnent les diverses confessions, cultures et courants libanais. Dans cette perspective, j’appelle les forces politiques arméniennes à concrétiser leur participation à la vie politique par la reconnaissance mutuelle et par la convergence des divers courants politiques et sociaux, des intellectuels et des journalistes, sous l’égide de l’Église arménienne, afin d’élaborer un projet libanais, susceptible de créer un pôle arménien de renouvellement, lequel attribuera aux franges concernées de la société la tâche qui leur incombe, qu’elle soit relative à la prise de décision ou à la détermination des caractéristiques arméniennes de la modernisation et de l’épanouissement. Ce processus de réforme est nécessaire pour éviter le retour au passé et pour permettre aux Arméniens de faire face aux bouleversements que connaissent le Liban et le monde. Il est impératif que les Arméniens réalisent que leur avenir et leurs intérêts sont inaliénables, et qu’unifier les efforts demeure le seul choix substantiel. Nous sommes autant responsables du Liban que les autres communautés, chrétiennes ou musulmanes ; nous devons tout autant qu’elles nous intégrer à la chose publique, construire le pays et réaliser le bien, la paix et la justice. De même, il incombe au Liban, tout comme à la communauté arménienne de garantir l’équité et de protéger les droits et les potentiels de la communauté arménienne. Ainsi le Liban restera-t-il fidèle à sa vocation et demeurera-t-il le pays modèle et la nation définitive de ses fils. Le génocide a laissé une plaie profonde dans la mémoire du peuple arménien et dans la mémoire de l’humanité entière. Cette plaie doit allumer dans l’esprit du peuple arménien le flambeau, qui éclairera sa foi et qui le motivera à agir pour préserver son existence, ses droits et son attachement à la patrie mère. Ce flambeau lui permettra de continuer à défendre sa cause noble : obtenir la reconnaissance internationale du génocide arménien et le châtiment de ses auteurs.

« La lumière des justes ne s’éteindra jamais »
par Serge TourSarkissian
Député de Beyrouth
Au début du XXe siècle soufflait un air de démocratie, de liberté, de réformes et, parmi les peuples affectés, la plupart étaient des peuples soumis, dont les Arméniens qui se mettent à lutter pour toutes les causes justes, déclenchant chez les Turcs une réaction qui se concrétisa par le massacre, en 1895, de milliers d’Arméniens. Mais l’empire commence à s’effondrer et les guerres successives le dépouillent de tous ses territoires en Europe. Il ne lui reste plus qu’Istanbul et la zone environnante. Les Turcs cherchent leur seul espoir de survie en l’armée. Un groupe d’officiers, les Jeunes Turcs, forment un parti politique secret et décident de réformer l’empire. Les Jeunes Turcs utilisent dans un premier temps les Arméniens et les Grecs pour créer un État multinational et libéral, sur le modèle occidental. Peu après, la Première Guerre mondiale éclate et leur programme politique change. Les Turcs se retrouvent aux côtés de l’Allemagne impériale, qui arme et entraîne leurs troupes. Ils se retrouvent ainsi alliés de l’Allemagne dans une guerre catastrophique. À cette époque, beaucoup d’Arméniens combattent officiellement dans l’armée ottomane. Cette dernière exécute les soldats arméniens et ordonne l’évacuation de toute la population arménienne hors de la zone de combat. Le ministre de la Guerre, Enver Bey, et le ministre de l’Intérieur, Taléat Pacha, seront les architectes de cette politique. Taléat, voulant laisser un seul Arménien pour l’exposer au musée, envoie un télégramme codé aux cellules du parti des Jeunes Turcs : « Le gouvernement a décidé d’éliminer tous les Arméniens résidant en Turquie. Il faut mettre fin à leur existence, aussi criminelles que soient les mesures à prendre. Il ne faut tenir compte ni de l’âge ni du sexe. Les scrupules de conscience n’ont pas leur place ici. » Par la suite, le 24 avril 1915, l’intelligentsia arménienne, quelque 600 notables sont arrêtés et exécutés. Un ordre de déportation est donné à toute la population arménienne qui doit être transférée en Anatolie, en Syrie, en Deir ez-Zor et en Mésopotamie. Cette déportation se réalise dans des conditions extrêmement atroces, la plupart des convoyés étant égorgés, bastonnés ou fusillés sur la route. 1,5 million sur les quelque 2 millions d’Arméniens ont été massacrés. Ainsi, l’Arménie occidentale se vide de sa population. Les Turcs s’accordent à reconnaître quelque 300 000 victimes, refusant de voir là un génocide programmé, ils font état d’épidémie, de famine ou des conséquences de la guerre. Les diplomates américains et allemands, les missionnaires et officiers suisses, allemands, scandinaves fournissent pourtant les mêmes témoignages sur l’atrocité des convoyeurs et la souffrance du peuple martyr. Le génocide est un crime contre l’humanité. C’est une violation du droit international définie par la Convention sur la prévention et la répression du crime du génocide, adoptée le 9 décembre 1948 par l’Assemblée générale des Nations unies. Afin que l’inculpation pour génocide puisse être prononcée, plusieurs conditions doivent être remplies. Ainsi, il faut que : - la victime soit un groupe ethnique appartenant à des catégories définies par la convention; - les membres de ce groupe aient été tués comme tels, c’est-à-dire en raison de leur appartenance à ce groupe; - l’intention d’exterminer ce groupe ethnique soit prouvée. L’affirmation de cet acte criminel est l’axe autour duquel s’ordonne la preuve du génocide. En général, le génocide est un crime prémédité, organisé dans le détail, tout en effaçant chaque trace, afin que l’oubli s’instaure. Ainsi, si un jour on lui demande de rendre des comptes, le criminel inverse l’accusation et accuse sa victime de l’avoir attaqué et tué le premier. Nous ne pouvons qu’adopter le fait que l’acceptation du génocide par beaucoup de pays a pris et prend un temps énorme, et nous, en tant que concernés par ce génocide, nous ne pouvons qu’espérer, croire et lutter car « la lumière des justes ne s’éteindra jamais ».

Quand l’art devient un émouvant témoignage
1915. Non, le temps n’a guère cicatrisé la plaie. 1915 reste une date effroyable dans la mémoire du peuple arménien. Aujourd’hui 24 avril, tous les « hays » (Arméniens) se souviennent . Des disparus. Des morts. Des déportés. Des fusillés. Tragiquement. Effroyablement. Inadmissiblement. Injustement. Aujourd’hui, l’on prie. Pères, frères, sœurs, mères, amantes, amants, amis, connaissances, le cortège est long et insoutenable. Nous voilà au bout de la cinquième génération, peut-être, et la diaspora a empli de ses cris, de son deuil et de sa douleur la planète entière. Mais aussi il y a la force de vaincre l’adversité, de triompher de la mort et la volonté de renaître. La souplesse et l’intelligence de s’intégrer tout en ne reniant jamais son identité ni son patrimoine ni sa langue d’origine. L’espoir est toujours permis aux hommes de bonne volonté. L’art a toujours été un exutoire, une sortie honorable au drame parfois de vivre. Et les Arméniens ont gratifié la terre, dans ses quatre coins cardinaux, d’artistes créatifs et talentueux. Quand la parole ne sortait plus, car la gorge est nouée et les larmes trop amères, il y a toujours eu la peinture et la musique… Parfois même de magnifiques travaux d’aiguilles… En ce jour où les Arméniens du monde gardent plus d’une minute de silence en signe de recueillement pour tous ceux qui sont partis trop tôt il y a déjà plus d’un trois quarts de siècle, on s’arrête devant une toile de Yuroz (de son vrai nom Youri Kevorkian), intitulée Respect pour les réfugiés. Yuroz a conquis en star incontestée les cimaises des galeries de Las Vegas. Face à l’indignité, la lâcheté et la barbarie humaine, il représente un groupe de personnages peints à travers des êtres toutes races confondues car frères dans le malheur et l’espoir d’un lendemain meilleur. Cette toile flamboyante dans ses couleurs orange, chaleureuse dans son atmosphère empreinte d’humilité, riche dans son symbolisme simple et perceptible, a été retenue par les Nations unies pour être imprimée en timbres à plus d’un million d’exemplaires. De même que cette splendide murale à la thématique généreuse, où l’être tend vers le soleil du bonheur et la sécurité d’une patrie tout en dispensant ses connaissances et son savoir-faire en partage aux générations montantes, est exposée en permanence aux locaux de l’Assemblée générale de Genève. Un pinceau, des couleurs, une émotion, la douleur d’un souvenir que rien n’efface, le talent d’un peintre et voilà qu’en toute spontanéité l’art devient un touchant témoignage, vibrant et universel, pour des choses qui ne s’oublient pas…

Edgar Davidian pour l'Orient-Le Jour.

Musée arménien de Cilicie

A la croisée des souvenirs Situé dans l'enceinte de la Grande Maison de Cilicie d'Antélias, le musée de Cilicie regorge de trésors arméniens. Une véritable manne que ces pièces de toute beauté aient pu être sauvées des mains destructrices des Ottomans lors du génocide. A travers ses trois étages, le musée est un hymne à la richesse trop souvent oubliée de la civilisation arménienne.
L'idée et le projet du musée de Cilicie sont nés en 1993. L'objectif était de préserver les valeurs culturelles arméniennes et surtout de faire connaître la riche histoire de ce peuple que le génocide a décimé au début du siècle dernier. Cinq ans plus tard, le 30 mars 1998, le musée est inauguré, par Mgr Aram Ier, catholicos de Cilicie, et le président de la République libanaise. Quatre ans de travaux ont été nécessaires pour édifier ce magnifique musée réparti sur trois étages. Les objets exposés ont été sauvés de justesse de Cilicie dans le royaume d'Arménie et plus précisément de la ville de Sis, en 1915, alors que le génocide battait son plein et que les Arméniens étaient obligés de quitter leur terre manu militari. Les pièces ont été acheminées vers Alep, en Syrie, dans de très mauvaises conditions et ne sont arrivées à Antélias qu'en 1930, après quinze ans d'errance. Pendant la guerre du Liban, les trésors de Cilicie sont restés enfermés dans des chambres jusqu'à l'ouverture des portes du musée.
Des pièces de grande valeur
Le musée de Cilicie est composé de trois étages. Le premier étage met en relief les trésors religieux tels que des reliques et des reliquaires, des objets d'orfèvrerie, de très beaux encensoirs travaillés et incrustés de pierres précieuses, des croix en or ou argent massif, des calices, des broderies, des costumes liturgiques, des soutanes, des mitres en or et pierreries et des «khatchkars» datant du XIIe siècle. Cet étage recèle également quelques manuscrits précieux tel que l'Evangile de Bradzberd remontant à 1248 et un livre d'ordination du XIVe siècle. Le deuxième étage nous transporte dans une autre époque. Ici sont rassemblés une multitude de manuscrits arméniens ainsi que des livres imprimés rarissimes. Epoustouflants tous ces ouvrages! Les manuscrits enluminés sont d'une richesse exceptionnelle et il est possible de suivre l'évolution de l'art de la miniature à travers 145 copies de miniatures récupérées dans des manuscrits célèbres qui sont conservés dans différentes bibliothèques arméniennes. Le visiteur peut également jeter un coup d'œil sur la première édition de la Bible arménienne datant de 1666 et voir les deux toutes premières impressions arméniennes réalisées à Venise en 1512 et 1513. Une intéressante collection de monnaie provenant essentiellement du royaume arménien de Cilicie ne peut manquer d'impressionner les visiteurs. Dans une autre salle, une petite collection de pièces archéologiques avec des plats et des pièces faites main témoignent de l'art de la Cilicie et de la civilisation de l'Arménie ancienne sans oublier une très belle collection de tapis et de tapisseries datant du XVIIIe et du XIXe siècles. Le troisième étage est un brusque retour dans le présent et le passé proche. Une collection d'art moderne est exposée. Elle permet de faire connaître le talent des sculpteurs et peintres arméniens de la fin du XIXe à nos jours.
Le musée compte également la bibliothèque Khatchig Babikian qui comporte quelque 8000 livres et 2000 anciens manuscrits. Le détour s'impose. Le musée est à voir.
Les Arméniens et le Liban

Pour les Arméniens, le Liban a été, surtout après la Première Guerre mondiale et les horreurs du génocide perpétré par les autorités turques ottomanes, une base très importante dans le processus de leur organisation comme communautés diasporiques. La place du Liban dans le devenir arménien est indéniable, surtout dans le cas de la renaissance de l'Eglise arménienne et du nouveau départ du catholicossat de la Grande Maison de Cilicie à Antélias.
La Cilicie en bref
La Cilicie est le nom de la province antique située dans la Turquie actuelle au pied du Taurus, voisine de la Pamphylie à l'ouest. La région a été occupée dès la fin du VIIe millénaire. Au IIe millénaire, sous le nom de Kizzuwatna, elle a été le royaume des Hittites. Annexée en 715 par les Assyriens, elle devient satrapie perse au VIe siècle. Une délégation cilicienne figure sur les reliefs de Persépolis. Puis la province passe sous domination séleucide. Avant d'être conquise par les Romains, la province s'illustre toutefois comme base arrière des pirates qui sévissent en Méditerranée orientale. Pompée viendra les en déloger. Par la suite, la Cilicie est une province romaine. On distingue alors la Cilicie «trachée», la Cilicie «raboteuse», face à Chypre et la Cilicie «Pédias», c'est à dire plane qui était la plus riche. C'est en Cilicie que Cicéron devait être envoyé comme proconsul. En 1080, les Arméniens y fondent un Etat, la Petite Arménie, qui a été conquis par les Mamelouks bahrites en 1375. Occupée par les Français en 1919, la Cilicie retourne à la Turquie en 1921.



Christine Babikian Assaf:
«Les Arméniens ont vécu et accompagné tous les soubresauts et grands moments qui ont jalonné la vie politique libanaise.»

Présence de l'Arménie

Thème de la conférence organisée par le département d'Histoire de la FLSH de l'Université Saint-Joseph en 2003.


Une double identité

Posant finalement la délicate question de l’identité arménienne face à l’identité libanaise, Christine Assaf passe en revue certains vécus personnels en tant que Libanaise d’origine arménienne. «Être arménien au Liban, dit-elle, c’est se sentir concerné par ce qui touche la cause arménienne, c’est participer aux commémorations du 24 avril, c’est la joie lorsque vous apprenez qu’un pays de plus a reconnu le génocide... C’est aussi parler une langue, parfois très ardue, maintenir vivace l’aptitude artistique profondément ancrée chez les Arméniens, manger des plats spéciaux et écouter avec amusement les taquineries dans les familles concernant les originaires de telle ou telle région.» Mais être arménien au Liban, «c’est aussi porter en soi une souffrance, celle où l’on vous fait sentir que vous êtes différent, que vous ne faites pas partie de l’identité libanaise, déplore-t-elle, que les camarades libanais se moquent de votre nom, mais aussi que les camarades arméniens de l’école du dimanche vous considèrent autres, parce que vous n’allez pas à l’école arménienne». Une souffrance, dit-elle, «qui vous donne votre identité unique, complexe, qui vous apprend à respecter l’autre, quelles que soient ses origines et ses coutumes». Toutefois, être arménien au Liban, c’est non plus être arménien vivant au Liban mais libanais d’origine arménienne. «Car, explique Mme Assaf, les Arméniens sont arrivés au Liban en 1920, date à laquelle fut créé l’État du Grand-Liban.» Et d’expliquer la gratitude de la communauté à l’égard du Liban, terre d’accueil qui se trouvait dans une situation économique désastreuse au lendemain de la guerre. Ainsi, raconte-t-elle, comment les Arméniens, désireux dans un premier temps de sortir de leur misère, ont vite fait de participer activement à la vie économique, politique et culturelle du Liban. C’est, dit-elle, en 1924 que la nationalité libanaise fut accordée aux Arméniens du Liban, en 1934 que la communauté arménienne-orthodoxe obtint, pour la première fois, un siège au Parlement, alors que ce n’est qu’en 1960 qu’un ministre arménien fut nommé pour la première fois au sein du gouvernement. Reconnus par la Constitution de Taëf comme l’une des sept grandes communautés libanaises, «les Arméniens ont vécu et accompagné tous les soubresauts et grands moments qui ont jalonné la vie politique libanaise. Un vécu qui a ancré en eux cet attachement indéfectible pour le Liban, leur patrie définitive, dont ils se sentent citoyens à part entière…».

La représentation des Arméniens au Liban

Les Arméniens participent activement à la vie politique libanaise depuis de longues années. Ils ont leurs représentants au sein du Parlement, comme auprès de tous les gouvernements constitués. Leurs députés sont au nombre de six: quatre députés à Beyrouth où réside le plus grand nombre de la communauté arménienne, un député au Metn et un député dans la Békaa. Dans le nouveau Cabinet de Rafic Hariri, ils sont représentés par M. Hovnanian, ministre de la Jeunesse et des Sports. Karim Pakradouni, arménien, est ministre représentant le parti Kataëb et les minorités mais pas la communauté arménienne.

Avril 2003

> Retour sur un génocide impuni avec l'Hebdo Magazine


Bibliographie spécialisée

La Nouvelle Cilicie.
Les Arméniens du Liban
par Jules Iskandar

La Communauté Arménienne au Liban: Explications & Illustrations



Les Arméniens dans le Monde Arabe
par ArmenWeb



La communauté arménienne du Liban
vue par le Député du parlement libanais, ABDEL LATIF EL ZEIN
Source: ProArmenia


PORTRAIT:
Sonia Nigolian

Journaliste-écrivain
arméno- libanaise

Le réalisateur arménien Atom Egoyan et son épouse, l’actrice Arsinée Khanjian, née au Liban, ont passé douze jours
(du 24 juin au 6 juillet 2003) au Liban
au cours desquels ils ont rencontré la presse, mais aussi les étudiants en audiovisuel, auxquels le cinéaste a remis des diplômes à l’Iesav. Mais le principal but du voyage des deux naturalisés canadiens a été la découverte, pour Atom Egoyan, et les retrouvailles, pour Arsinée Khanjian, avec la communauté arménienne au Liban. Tous deux ont d’ailleurs été décorés par le patriarche Aram 1er, quelques jours après leur arrivée. Pendant la conférence de presse qu’ils ont donnée au catholicossat d’Antélias, ils se sont largement attardés sur Ararat, la fresque historique racontant le génocide et l’exil arménien qu’Atom Egoyan a réalisée en 2000 : « Dans ce film, j’ai montré le trauma qui est passé à travers quatre générations de survivants, explique-t-il. Comme je n’ai pas grandi dans ma communauté, j’ai découvert, à 18 ans, ce que pouvait être l’obsession de l’identité, en m’engageant dans la cause arménienne et en commençant à faire des films. » Selon lui, Ararat a été raconté pour deux raisons simples : «Laisser accéder les non-Arméniens à la compréhension du génocide et pousser à la reconnaissance de ce même génocide. Chacun mérite la reconnaissance de son existence personnelle, et c’est très douloureux quand ce n’est pas le cas. » Atom Egoyan considère son film comme « un pont entre les Arméniens et les non-Arméniens, mais cela risque de ne pas être valable en Turquie, où les projections ont été interdites. Il y a été présenté comme un film de propagande. L’affaire a d’ailleurs pris une telle ampleur que, lorsque Ararat a fait partie de la sélection officielle du Festival de Cannes, en 2001, le comité organisateur m’a affublé d’un service de sécurité. Selon moi, ç’aurait été la meilleure publicité pour le film ». Quant à Arsinée Khanjian, elle a été très tôt confrontée à la mémoire arménienne : « Les survivants du génocide ont fait partie de mon quotidien, que ce soit au Liban ou au Canada, précise-t-elle. L’appartenance à une identité dans une identité, c’est-à-dire l’Arménie dans le Liban, l’histoire, la mémoire, je vis dans ces réalités depuis toujours et je m’y suis engagée très tôt. » Selon elle, la valeur d’Ararat s’explique par la nécessité « du passé pour le présent et le futur. Sans, on devient fou ».
Investigation et déni
Pour ce qui est de son œuvre cinématographique, que la plupart des critiques s’accordent à rapprocher du genre du film noir, Atom Egoyan, qui approuve cette approche de classification, explique qu’entre son obsession de l’identité, l’écriture et la réalisation de ses scénarios, il y a un fil rouge, « l’investigation », le long duquel le cinéaste arménien élabore des histoires à première vue indépendantes les unes des autres mais qui finissent par raconter la même histoire : « Chez moi, ce procédé d’écriture n’est pas un jeu, il est organique. Autrement dit, il retranscrit mes propres émotions. » Et qui dit investigation, dit situation obscure : « La vérité cachée m’intéresse, la catastrophe qui détruit ceux qui en sont les victimes, confie-t-il. Le genre du film noir révèle des niveaux de vulnérabilités multiples que je me plais à mettre en avant. Cela correspond à ma personnalité propre. » Les personnages masochistes, fétichistes hantent ses films : «J’aime défier les symboles forts, mon arrogance est très grande envers eux. On ne peut pas tout le temps célébrer l’évident, le transparent que représentent les piliers d’identité, et c’est pourquoi mes dialogues, très condensés et durs, trahissent la pensée. » Atom Egoyan, qui s’apprête à mettre en scène un des opéras de Wagner au Canada et à adapter à l’écran « un roman noir et kitsch », conclut en affirmant que « d’un point de vue artistique, c’est le déni qui domine et qui exprime le mieux l’obsession de l’identité».
Travail à valeur morale
Arsinée Khanjian a mené plusieurs activités avant 1993, année à partir de laquelle elle s’est entièrement consacrée à son métier de comédienne : « Ma famille a mis beaucoup de temps à me considérer comme actrice, explique-t-elle. Alors, parallèlement aux films de mon mari, j’ai fait des études de sciences politiques et de langues, puis j’ai été responsable des subventions accordées au cinéma par le ministère de la Culture, tout en étant très engagée dans ma communauté. » Engagée serait le qualificatif le mieux adapté à une actrice et comédienne qui s’intéresse uniquement au théâtre et au cinéma d’auteur : « Mon désir est d’accomplir un travail à valeur morale et éthique, souligne-t-elle. Je me sens investie de la confiance que m’accorde un cinéaste », en faisant allusion à la réalisatrice syrienne Rouba Nada, vivant et travaillant comme elle au Canada, qui lui confie prochainement le rôle d’une musulmane de 40 ans, célibataire, qui fait le choix d’une vie différente de celle dictée par sa communauté. Actrice confirmée, Arsinée Khanjian passerait derrière la caméra pour mettre en scène « la dernière partie de la vie de Maria Callas, pour me confronter à la solitude qu’a connue cette femme. Est-ce pour me retrouver ou pour mieux la connaître, je ne saurais dire », conclut-elle.

Diala GEMAYEL
L'Orient-Le Jour



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Le mont Ararat, symbole de la nation Arménienne et de tout le peuple Arménien.
Le 24 avril, journée du souvenir Les Arméniens commémorent le génocide de 1915

La communauté arménienne au Liban commémore chaque 24 Avril le 88e anniversaire du génocide arménien de 1915. Ce génocide, qui prit la forme de massacres et de déportations, fut perpétré par les Jeunes Turcs du parti « Union et progrès » qui menait une politique d’assimilation forcée de toutes les populations qui habitaient ce qui restait de l’Empire ottoman effondré. Selon des estimations, près d’un million et demi d’Arméniens périrent à cause de cette politique d’assassinat collectif. Mais ce « génocide oublié » qui inspira Hitler – on lui prête ces mots : « Mais qui se souvient encore du massacre des Arméniens ? » –, des irréductibles du souvenir, issus du peuple arménien lui-même, en portent constamment le flambeau.

L’un des temps forts de ce « devoir de mémoire » est le 24 avril. En 1915, CNN, al-Jazira et France 2 n’existaient pas. Il n’y avait pas de correspondants de guerre ni d’équipes de journalistes. Du génocide arménien, il reste quand même des documents officiels, des lettres écrites par les hauts responsables de la nouvelle République et quelques clichés représentant des scènes de déportations, de massacres, de pendaisons collectives, de monceaux de cadavres d’hommes, de femmes et d’enfants décharnés. Suffisamment pour prouver au monde qu’une monstruosité avait été commise contre une population civile sans défense, dans la cynique volonté de faire place nette, d’en finir avec ce peuple fier et différent, qui refusait de disparaître, qui résistait par sa culture, comme l’ont fait avant et après lui tant de peuples qu’on cherchait à asservir. Le combat pour la reconnaissance de ce génocide dure depuis 88 ans. Tout a été fait pour amener la Turquie moderne à assumer cette part obscure de son passé qu’elle persévère à refouler, à renier, avançant pour le faire des explications invraisemblables, refusant l’évidence, fermant les yeux sur l’ignominie. Cette lutte n’a pourtant pas été tout à fait vaine. Des organisations internationales, des parlements, des gouvernements occidentaux ont fini par admettre l’existence du génocide et rendre justice au peuple arménien, ne serait-ce que moralement, puisque ce peuple entreprenant ne réclame d’autre réparation que la proclamation de la vérité.

Comme chaque année, L’Orient-Le Jour se fait donc un devoir de réserver à la communauté arménienne un espace pour s’exprimer, pour faire valoir ses droits au souvenir. C’est au tour, cette fois, des députés Jean Oghassabian et Serge Tour Sarkissian et du professeur d’histoire et ancien ambassadeur du Liban Vatché Nourbatélian, de prendre la parole pour réveiller de leur torpeur ceux qui, au nom de la « realpolitik » et de leurs intérêts, « enferment l’humanité (...) dans la préhistoire ».

Conférence:
Les souffrances d’une communauté qui a choisi le Liban pour patrie définitive Christine Babikian Assaf raconte l’identité arménienne

Avec le concours de

Article d'Anne-Marie El-Hage 25 Janvier 2003

Parler de l’identité arménienne dans le cas libanais, c’est traiter ce sujet du point de vue de l’identité collective, mais aussi et surtout à partir d’une expérience personnelle, d’un vécu intime. C’est, en effet, en tant que Libanaise d’origine arménienne que Christine Babikian Assaf, chef du département d’histoire à l’Université Saint-Joseph, a retracé les fondements de l’«arménité» et évoqué les structures qui ont maintenu l’identité de la communauté arménienne du Liban. Elle a par ailleurs insisté sur la double identité revendiquée par les Libanais d’origine arménienne, qui vouent un attachement indéfectible à leur patrie définitive. Une conférence qui s’inscrit dans le cadre d’une série de rencontres interactives organisées par la faculté des sciences religieuses de l’USJ sur le thème: «La présence de l’Arménie». L’histoire, la religion et la langue. Ces trois principaux fondements de l’«arménité» sont faits de permanence dans le temps. «Être arménien, dit Mme Assaf, c’est appartenir à l’histoire d’un peuple au destin mouvementé, se référant à une terre dont une petite partie seulement est aujourd’hui indépendante.» Une terre jalonnée d’invasions et d’occupations par les grands empires qui ont marqué l’histoire du Moyen-Orient et du Caucase, avec son lot d’intégration, d’attachement sans faille à la terre ancestrale, mais aussi de migrations. Ainsi, explique-t-elle, la partie orientale de l’Anatolie ainsi que la Cilicie, plus au Sud, se sont trouvées incorporées à l’Empire ottoman, dès le XVIe siècle, alors que la région caucasienne a été l’objet d’une lutte entre Perses, Ottomans et Russes à partir du XIXe siècle. Un contexte d’une hostilité telle, qu’il a contribué à renforcer l’identité arménienne dans sa lutte pour sa survie. «Être arménien, poursuit-elle, c’est appartenir à l’histoire de ce peuple, c’est avoir gravé dans sa conscience nationale les récits des premiers massacres d’Arméniens à l’époque du sultan Abdul-Hamid en 1895, puis ceux de 1909 en Cilicie, et enfin le génocide de 1915-1916, avec son cortège d’horreurs, de misères, de spoliation, de douleur.» Et Mme Assaf de rappeler que chaque année, le 24 avril, date du début des opérations de déportations et de massacres, les Arméniens du monde participent aux cérémonies qui marquent la commémoration de cette tragédie. Ce n’est que 50 années après ces événements, en 1965, que les Arméniens se mobilisent pour leur cause. «La reconnaissance du génocide par la Turquie et par la communauté internationale» est au centre de leur lutte. Une reconnaissance, qui, précise le chef du département d’histoire, «est nécessaire afin que puisse s’accomplir le travail de deuil et que s’ouvre la porte de la réconciliation et du dialogue avec les nouvelles générations turques.» Quant à l’Église arménienne, «bastion inexpugnable et pôle unificateur dans la dispersion», elle représente un fondement de taille de l’identité arménienne dont l’État a été le premier royaume chrétien de l’histoire dans les années 301-304. Dès 1441, deux catholicossats se partagent les différents diocèses, l’un en Cilicie, l’autre à Etchmiadzine mais, depuis 1930, c’est au Liban, à Antélias, qu’est établi le siège du catholicossat de Cilicie. De même la langue arménienne, à travers l’alphabet de 36 lettres, a été l’occasion d’intensifier l’enseignement religieux, de traduire les œuvres de la culture universelle et de produire, dès le milieu du Ve siècle, une littérature nationale, garante de l’identité et de la mémoire.



Des structures libanaises favorables

La présence d’Arméniens au Liban est signalée depuis des temps reculés dans la montagne libanaise, ainsi qu’à Tripoli, Jounieh et même Beyrouth, remarque Christine Assaf. Aussi, note-t-on, dès 1715, à Ghazir, la présence de moines arméniens catholiques, ayant fui la région de Diarbékir suite à l’intolérance religieuse de leurs compatriotes orthodoxes. Ils seront rejoints, en 1742, par le premier groupe d’Arméniens catholiques venus se réfugier au Liban. Mais, précise-t-elle, «l’essentiel des Arméniens vivant au Liban est constitué de survivants des déportations de 1915-1920.» Un second mouvement d’immigration, suite à la cession par la France, en 1939, d’Alexandrette à la Turquie, viendra renflouer ce flot. De nombreux Arméniens sont alors installés par les autorités françaises à Anjar, dans la Békaa et à Tyr. «Finalement, ajoute-t-elle, dans les années 1960, les Arméniens d’Irak, d’Égypte et de Syrie sont canalisés vers le Liban, ces pays étant en proie à des bouleversements politiques et économiques.» Ainsi, estime-t-on le nombre d’Arméniens au Liban, en 1975, à 215 000 personnes. Installés aux camps de fortune aux conditions insalubres, les réfugiés arméniens sont en proie à diverses maladies, notamment le typhus et la peste. Mais l’acharnement et la volonté de la communauté, les subventions de son Église, de ses partis politiques, ainsi que celles de grands mécènes arméniens, du Liban ou de l’étranger, l’aideront à se relever sur le plan économique. «Il est toutefois important de noter, observe Mme Assaf, que la structure confessionnelle du Liban, qui accorde à chaque communauté des prérogatives et une grande autonomie, a permis à l’Église arménienne de remplir son rôle non seulement religieux, mais également social, éducatif et juridique.» Quant aux trois partis politiques arméniens coexistant au Liban, Tachnag, Hentchag et Ramgavar, «qui ont en commun leur organisation, leur discipline et leur caractère national, remarque Mme Assaf, ils se sont tous trois activement engagés dans la défense de la cause arménienne.» Ayant pour objectif de préserver la langue, la culture et la tradition arméniennes dans la diaspora, «ils encadrent étroitement la communauté à travers un réseau d’associations culturelles, sportives, de clubs, d’institutions de bienfaisance, d’écoles et de publications.» C’est ainsi que, «grâce à l’action de son Église et de ses partis, précise-t-elle, la communauté arménienne a réussi à développer son patrimoine, faisant de Beyrouth un centre religieux, culturel, artistique et littéraire pour toute la diaspora.»

L'Alphabet Arménien par Manoug Hopalian
Exposition en motifs de tableaux

Manoug Hopalian est un artisan de plaques d’immatriculation qui s’est inspiré de son travail pour développer une idée artistique. En effet, cela fait plus de trente ans que ce monsieur d’une soixantaine d’années meuble ses loisirs en élaborant des caractères de l’alphabet arménien en cuivre émaillé, avec lesquels il compose ensuite des tableaux. Jusque-là rien d’exceptionnel, si ce n’est l’originalité des lettres, qui prennent des formes variées. Manoug Hopalian a ainsi à son actif des tableaux en lettres animalières, d’autres en caractères reproduisant des bougies, des oiseaux, des clochers, des façades d’églises, des notes de musique, des motifs végétaux, des sabres et épées, des murailles de forteresses... Mais aussi des « signes » plus « classiques », à l’instar du caractère royal, « qui était utilisé uniquement par les rois de Cilicie entre le Ve et le XVIIe siècle », signale Manoug Hopalian, ou encore fabriqués à partir de matériaux différents comme les caractères livres, en bois habillé de cuir. Cette calligraphie ciselée en relief, émaillée et polychrome, est placée sur des fonds en feutre et encadrée. Disposées à la manière d’un abécédaire, ces lettres respectent scrupuleusement l’ordre de l’alphabet arménien (de 38 signes). « Lequel débute par le A (évidemment orthographié différemment), comme Allah, qui est l’Alpha et l’Omega de toutes choses, explique l’artiste, et se termine par le C comme Christ.» Une démarche artistique intéressante....

Jusqu’au 7 août 2003, à la galerie Varoujian – Zalka.

>>> Liens sur l'Alphabet Arménien

* typographie.org

* NetArmenie.com

En savoir plus sur les communautés arméniennes dans le monde arabe en général

Source: CRDA, Centre de Recherches sur la Diaspora Arménienne de Paris


Un Diplôme Universitaire
en Géostratégie au Liban

Université Saint-Joseph
Beyrouth




Suggestion de site spécialisé

Géopolitis.net


Atom Egoyan et Arsinée Khanjian de passage au Liban. (Photo Michel Sayegh)


L'affiche du Film Ararat réalisé par Atom Egoyan,
sur le génocide arménien

TIDAG ou la francophonie arménienne au Liban

mensuel en arménien et français, en couleurs, fondé en 1996, tendance Indépendante
Responsable : Sam Racoubian
Adresse : P.O. Box 17-5094, Beyrouth Téléphone : 04.40.51.70, 04.40.51.71
Fax: 01.56.34.18
Email : scoplint@inco.com.lb



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Au Liban, la vie culturelle arménienne est très active...

Au Centre Président Émile Lahoud de Dbayé-Naccache
Le patrimoine musical arménien revisité par Ara Gevorgian


La facade du Centre de Congrès Emile Lahoud des Municipalités du Metn,
inauguré mi-Février 2004; cliquez sur l'image pour revivre l'évènement


Beyrouth, Mai 2004- Entre le bord de mer et un ruban de l’autoroute, à proximité de la Marina illuminée et se reflétant dans l’eau de la Méditerranée, s’érige ce magnifique Centre Président Émile Lahoud. Entrée magnifique, avec son parking livré à l’air libre, son hall fait de grandes baies vitrées, de métal et d’une série de colonnes, le tout gardé par une rangée de cyprès et un bel ensemble d’oliviers avec espaces d’eau japonisants éclairés par des spots. À l’intérieur, une immense salle flambant neuve, avec ses sièges en couleur bleu marine et ses hauts murs peints en gris perle. Sur scène (chargée de fumée banche et de lumière stroboscopique), plus de cinquante musiciens (une bonne partie en droite ligne d’Arménie et une autre de notre orchestre national) portant pour la circonstance le nom d’Orchestre symphonique de Beyrouth et placés sous la houlette de Harout Fazlian.
Invité par l’association culturelle Antranik, Ara Gevorgian, lui aussi en droite ligne d’Erevan, est assis devant son synthétiseur et il est l’artisan de cette nouvelle vague de musique arménienne avec effets spéciaux sur écrans projetant des images du pays de Sayat Nova ainsi que les circonvolutions de deux danseuses ondulant en ombre chinoise. Menu typiquement arménien revisitant le patrimoine musical avec rythmes nouveaux et sonorités modernes. S’égrènent au fil des notes Armavir, Van, Dzovits Dzov, l’émouvant Der Voghormia tiré des chants liturgiques, les sémillants Vagharshabad et Sardabarad. Nom de villes mythiques du pays du roi Tigran, images splendides de plaines verdoyantes, de Khatchkar sculptés dans la pierre, de clochers et de dômes d’église, de bergers dansants et de belles filles aux longues tresses balayant l’air des campagnes... Toute la douceur, la beauté et la richesse musicale du pays de Komitas revivent à travers cette musique jouée fortissimo, avec des sono à décibels d’enfer... Une sorte de parfum Vangélis arménien que cette musique « new wave » d’Ara Gevorgian qui mêle aussi bien les sanglots des violons que les accents rauques des cuivres, les lamentos des violoncelles que les plaintes des pipeaux, les battements sourds des « duduks » que les longues coulées cristallines du kanoun.
Vidée de son émotion essentielle, plus bruyante qu’expressive, cette musique, originale peut-être sans être souvent convaincante, entrée de plain-pied dans la tourmente et l’accélération de notre époque pressée et stridente, apporte aux auditeurs une note d’« arménité » différente et un lyrisme certainement contemporain.

Edgar Davidian pour L'Orient le Jour.